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« Le développement durable est un tout. Dans l'artisanat, il passe par l’emballage, la façon de travailler, les matériaux utilisés, les quantités d’achat et de stockage, et même les moyens de se déplacer. Il demande à chacun une meilleure organisation.
Dans mon atelier, la question du développement durable s’est notamment posée lors de son agrandissement. Avec les conseils d’un collègue charpentier, j’ai décidé de faire une extension toute en ossature bois et en matériaux biologiques et recyclables.
Nous n’utilisons pas de panneaux industriels ni de colles. Nous ne réalisons plus de commandes comprenant du stratifié ou de l'aggloméré et très peu de MdF. Les préceptes du développement durable étaient dans l'esprit de l'ébéniste avant même que le terme ne devienne à la mode. Nous faisons du haut et moyen de gamme, pas des meubles en kit ; du durable, pas des meubles à jeter. En revanche, les nouveaux matériaux qui découlent de cette réflexion écologique correspondent davantage aux artisans et sont une nouvelle façon de concevoir le meuble. Les bénéfices de la recherche dans le bio sont réels. L’industrie verte demande un investissement dans le produit mais fait des progrès formidables. Il existe par exemple de l’huile qui catalyse et durcit au contact de la cellulose du bois. Ces produits sont de plus en plus accessibles à tous.
Au niveau de l’équipement, nous essayons de mettre en place des outils d’aspiration sur les machines qui ne demandent pas de gros investissements. Il faut également mieux gérer le stock de bois, essayer de réduire ses transports pour diminuer le CO² produit, se mettre à plusieurs pour recycler ses déchets, appliquer pour les collaborateurs des normes plus fines en terme de poussières. Le développement durable demande une réflexion large, dont le bénéfice est une meilleure gestion de son temps. Le HQE ne doit pas être imposé mais découvert dans sa propre structure, selon ses besoins, par un processus de remise à plat et de remise en cause intellectuelle du fonctionnement de son entreprise.
L’avantage se situe également dans l’approfondissement de ses connaissances de la filière : on devient plus sensible et plus affuté, avec une meilleure connaissance du bois au final. D’un discours "baba cool" qui ne touchait pas les clients, on évolue aujourd’hui vers un discours beaucoup plus rationnel pour expliquer pourquoi tel ou tel matériau est meilleur qu’un autre, et pourquoi telle ou telle technique est avantageuse. Le développement durable incite à la curiosité et à l’intérêt, une opportunité pour l’artisan friand d’expliquer son travail, d’apporter un autre regard sur son métier, un nouvel éclairage. Le développement durable est pour les AEF est une opportunité à ne pas manquer !
La demande de ne plus être équipé de meubles agglomérés provient de plus en plus des clients. Ces derniers sont de plus en plus sensibilisés et les artisans doivent être conscients que, si leur démarche est déjà HQE, il faut la mener jusqu’au bout surtout en terme de communication ! Les préoccupations environnementales, le désir de retour à la terre et de reconquête des espaces verts est une valeur ajoutée pour les ébénistes. Il y a une lucidité et une compréhension des clients, qui deviennent plus éduqués et donc plus exigeants, notamment vis-à-vis des chambres d’enfant. Ce sont des arguments forts pour les ébénistes, les demandes et l’écoute sont mises en perspective. Les arguments en faveur du développement durable sont plus construits et plus argumentés, et il est possible pour l’ébéniste de s’y appuyer pour former un discours cohérent. Le chemin conscient passe d'abord par un un chemin technique de celui qui fait du meuble, puis par une prise de conscience. L’artisan de proximité doit mettre en avant par ce biais les relations humaines et retisser un lien social. C’est la raison pour laquelle un label vert d’éco-conception est donc en projet dans la charte des AEF ! »
Propos recueillis par Laëtitia Fritsch
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