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Les Artisans Ebénistes de France déjà engagés dans le développement durable !
L'exemple de l'entreprise Lebreton : lauréat du premier prix du développement durable pour les métiers de l'artisanat.
Le trophée de l'initiative développement durable a été décerné à l'entreprise Lebreton en septembre 2005 par la Chambre de Métiers et de l'Artisanat de la Sarthe. Elle récompense ainsi des années de préoccupations écologiques d'une entreprise qui était alors en avance sur son temps, bien avant que le développement durable devienne à la mode !
Lorsque vous avez remporté ce prix, aviez-vous conscience de l'intérêt qui serait bientôt porté au développement durable en entreprise ?
Muguette Lebreton :
Ces préoccupations sociétales récentes sont une démarche naturelle pour nous depuis déjà 28 ans ! Nous participons à toutes les initiatives dans ce domaine. Lorsque nous avons remporté le premier prix décerné par la Chambre de Métiers et de l'Artisanat de la Sarthe, il y avait différents trophées attribués aux entreprises artisanales de moins de 20 salariés jusqu'aux grandes entreprises de plus de 100 salariés. Nous voulions prouver que les très petites entreprises pouvaient aussi mettre en place une politique de développement durable sans coûts exorbitants, même s'il faut reconnaître que la mise en place des nouveaux aménagements représente des dépenses non négligeables. Cette conscience environnementale est née très tôt dans notre entreprise par le biais de mon mari. Il a toujours eu cette logique de lier développement économique et environnement.
Quels sont les aménagements mis en place en terme de développement durable et qui vous ont permis de remporter ce prix ?
M.L. :
En ce qui nous concerne, il y en a eu quatre :
- Le chauffage avec nos propres copeaux :
Il a fallu investir dans différents aménagements. Toutes nos machines sont reliées depuis 1988 à un système d'aspiration automatique des copeaux (23 000€), qui s'en vont dans deux silos d'une capacité de 100m3 chacun (9 200€ l'un), puis un système d'alimentation automatique (10 600€) emmène directement les copeaux dans la chaudière à bois. Cette dernière ramène l'air chaud dans l'atelier. L'investissement de départ est un peu onéreux mais nous évite des dépenses énergétiques trop nombreuses, et permet un retour sur investissement à moyen terme, sans compter les bénéfices apportés à la planète ! Quand nous avons mis ce système en place, cela répondait surtout à un besoin : nous ne trouvions plus personne pour enlever nos copeaux, et avions besoin d'énergie suffisante pour chauffer nos 1 600m² d'ateliers. Notre besoin en énergie est conséquent puisque les ateliers doivent être chauffés jour et nuit à 16° de mi-octobre à avril. Il ne faut pas qu'il y ait d'humidité ni de variation de température, pour la stabilité du bois sec et pour une qualité optimum de la finition de nos teintes et vernis.
- Le traitement des déchets souillés :
Depuis 4 ans, nous traitons nos déchets souillés. Auparavant nous ne pouvions pas nous le permettre : le coût en était trop conséquent. Nous faisons enlever tous nos déchets souillés (bidons de vernis, teintes, diluants) par une entreprise spécialisée appelée ISS Environnement, qui les fait traiter et nous maintient informés par un « suivi de déchets souillés ». Il n'y a pas de coût d'achat mais un coût annuel d'environ 2 000 euros HT qui comprend la location d'une benne bois, l'enlèvement d'un bac avec les bidons de déchets souillés, et le traitement des eaux usagées.
Nous avons investi il y a deux ans dans un cabine à sec avec des panneaux alvéolés, plus coûteux à l'entretien, mais moins polluant que la cabine à rideau d'eau que nous possédions alors et dont il fallait traiter les boues. Cette mise en place répond uniquement à une préoccupation environnementale, que nous ne pouvions nous permettre auparavant, puisqu'il n'y a aucun retour sur investissement.
- La mise aux normes poussière a été réalisée en 2 000, avant qu'elle ne devienne obligatoire, et nous étions les seuls en Sarthe à l'avoir mise en place. Ce système est assez coûteux à l'achat. A l'époque l'ensemble de l'aménagement avec la nouvelle aspiration et la mise en place de filtres pour le rejet a coûté 60 000€, subventionné à 20% par la CRAM. Mais le retour sur investissement en valait la chandelle : ce système sert à la fois à l'environnement mais améliore aussi la santé des salariés et diminue donc le risque d'arrêts maladie. Nous avons racheté une nouvelle chaudière mais récupéré l'ancienne alimentation automatique.
- La politique salariale d'accompagnement :
Nous associons toujours nos salariés à nos investissements. Nous en débattons lors de chaque réunion annuelle. Cela fait partie intégrante de la démarche de gestion durable d'une entreprise. Il y a aussi eu des stages par exemple pour sensibiliser les salariés au bruit, savoir comment manipuler les objets avec précaution malgré les bouchons, comment se relever, porter, tenir un outil. Les effets néfastes sur la santé sont limités par la généralisation des cabines à sec, masques, combinaison et gants.
Pourquoi davantage d'ébénistes ne mettent-ils pas cette démarche en place ?
M.L. :
Même si nous finissons dans la plupart des cas par être gagnants sur le plan financier, l'investissement de départ peut être lourd. Les aides de la part de la CRAM et de la DRIRE découragent parfois car il y a un réel investissement en terme de temps : les salariés sont tenus de suivre des stages de formation et toutes les entreprises, surtout les TPE d'une ou deux personnes, ne peuvent pas se permettre de perdre du temps-homme.
En ce qui nous concerne, le développement durable fait partie intégrante de notre politique d'investissement. Lors de l'installation, l'investissement se fait d'abord dans le matériel de l'entreprise, que l'on renouvelle régulièrement. Une fois un matériel performant acquis, il faut s'attacher à des éléments qui améliorent la qualité de vie et de travail des salariés, et qui préservent l'environnement. Il faut se remettre sans cesse en question. Ces investissements font partie d'une gestion durable globale de l'entreprise.
Avez-vous d'autres projets en cours en terme de développement durable ?
M.L. :
Nous allons essayer de mettre en place des établis aspirant ou d'avoir sur les ponçeuses des aspirations d'ici à 2010. Si cela existe déjà sur les grosses machines, nous aimerions le généraliser aux petites mais cela représente aussi un coût réel. L'installation de deux centrales pour huit établis représente une dépense de 30 000 euros, l'établi aspirant étant encore beaucoup plus onéreux et finalement moins adapté à notre métier. Avec ce système, les conditions de travail seront encore meilleures !
Propos recueillis par Laëtitia Fritsch
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