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Votre fils a-t-il toujours voulu reprendre l’entreprise ?
Marc RIBSTEIN :
L’aîné de mes fils a effectivement toujours émis le souhait de reprendre l’entreprise. Nous l’avons mis à l’épreuve plusieurs fois pour être sûrs qu’il ne voulait pas prendre ma suite uniquement par confort familial. Nous l’avons testé et sa motivation n’a jamais fléchi. Il faut dire qu’il a appris à marcher à l’atelier ! Il a fait un CAP puis un bac professionnel. Son proviseur lui a ensuite conseillé de faire un diplôme des métiers d’art, ce à quoi nous l’avons encouragé. Ce diplôme consiste en une remise à niveau en arts appliqués suivie de deux années pour l'obtention d'un diplôme de designer, concepteur de mobilier et art de l’habitat. Il a fait ses trois années dans le Jura et a fini avec les félicitations du jury. Il était impensable qu’il ne reprenne pas ! Le projet qu’il a présenté à l’école était très original. Passionné de natation, il a fait un meuble sur le thème de l’eau, qui avait la forme d’une coque de bateau (charpente marine, poignées en forme de poisson...), et appelé "Eric" en hommage à Eric Tabarly décédé en mer la même année. Cela annonçait déjà un style bien à lui !
Comment s’est passée la transmission ?
M.R. :
J’ai commencé mon apprentissage à 14 ans, et avec la loi Madelin le comptable m’a signalé que j’avais droit à la retraite ! J’ai 57 ans, mon fils en a aujourd’hui 29. Cela fait cinq ans qu'il est engagé dans l’affaire et fait des créations commercialisables. Nous avons donc pensé qu’il était mûr pour reprendre l’entreprise. Nous avons deux salariés, mon épouse était conjoint collaborateur avant que mon fils ne l’embauche à mi-temps. C’est une entreprise familiale : ce n’est qu’ainsi que nous pouvons exister. Tout le monde doit être impliqué. Nous avons mis l’affaire en location gérance. La transmission a pris effet au 1er janvier 2007. Nous avons fait un très bon bilan pour la demi-année, et en avons profité pour faire passer des travaux en cours sur l’affaire de mon fils. Si nous avions tout comptabilisé à notre bénéfice, il n’aurait rien eu alors qu’il y avait des salaires à payer dès la fin janvier !
Pensez-vous qu’une transmission soit envisageable en dehors du contexte familial ?
M.R. :
Difficilement. Un jeune qui commence n’a pas forcément beaucoup d’économies, et en face d’un banquier il faut être très convaincant. Nous nous arrangeons par exemple pour que mon fils rachète le stock au fur et à mesure. Avoir des dettes dès le départ est très difficile ! Sébastien est obligé de racheter le fond de commerce quand sa trésorerie le permet, car nous ne pouvons pas lui faire de donation. Mais notre expert comptable nous a bien conseillé. Mon fils s’est mis en Sarl tandis que j’étais en nom propre. En terme financiers, nous avons beaucoup fait nous-mêmes mais ne pouvions nous passer d’un juriste et d’un comptable - pour faire le statut par exemple. Les papiers administratifs ont été faits en deux mois. Il fallait s’enregistrer à la Chambre de Métiers, créer un numéro de SIRET. Mon fils a dû injecter 5 000 euros en capital dans la société : nous lui avons donné un coup de pouce. Hormis ces « incidents de paperasserie », dans l’ensemble tout s’est bien passé. Je n’ose cependant imaginer la situation d’un jeune qui reprend sans fonds ! Nous n’avons eu aucune aide et nous nous sommes même demandés si faire une création au lieu d’une transmission n’était pas plus facile, alors que mon fils a tout de même créé un emploi en embauchant mon épouse et repris un employé dans les mêmes conditions.
Comment s’est passé le passage de flambeau au niveau de la clientèle ?
M.R. :
Financièrement tout se passe bien parce que je suis là, et que ça ne me dérange absolument pas. Mon fils a repris toute la clientèle. Depuis longtemps intégré dans l'entreprise, il connaissait déjà tous les clients. Il va voir lui-même ses nouveaux clients, qui se situent sur le créneau de la création contemporaine qu’il essaye de développer, mais il ne laisse pas tomber l’ancien. Nous tenions à garder le secteur traditionnel, la copie d’ancien, le mobilier très haut de gamme, qui a sa clientèle. Mon fils cherche des clients lors d’expositions sur la création contemporaine. Il fait des pièces qui attirent l’oeil mais qui ne sont pas forcément commercialisables ! Quoiqu’il en soit, il est mordu, il aime travailler le bois. C’est merveilleux de pouvoir vivre de sa passion, même s’il y a des hauts et des bas.
Je travaillais seul avec mon épouse donc nous ne faisions pas de publicité. Aujourd’hui c’est différent, en particulier au niveau de la création : il faut se montrer. Le mobilier fabriqué dans les petits ateliers nécessite de gros budgets marketing. Heureusement, mon fils a appris cette composante qui fait aujourd’hui partie du métier. Comme disait Ford : « Viendra un jour où vendre reviendra plus cher que de fabriquer ! ».
Propos recueillis par Laëtitia Fritsch
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