|
Quand avez-vous décidé de réaliser cette transmission d’entreprise ?
René MORIVAL :
Mon fils a toujours voulu reprendre l’entreprise familiale. Il a fait deux ans d’études en école d’ébénisterie, et il est entré chez nous comme apprenti. Cela fait maintenant 20 ans que nous travaillons ensemble. J’ai aujourd’hui 62 ans et mon fils 38. Je devais être à la retraite en 2005, mais nous avons réalisé la transmission en 2003, soit plus tôt que prévu, d’une part parce que j’ai des problèmes de santé et d’autre part pour avoir le temps de s’organiser.
Votre entreprise en est déjà à sa deuxième transmission. Etes-vous pour autant aguerri à cette pratique ?
R.M. :
L’entreprise date de 1943. Elle a été créée par mon père et je l’ai reprise en 1971. A l’époque tout était beaucoup plus facile. Le contexte économique n’y est bien sûr pas étranger. A ce moment là, nous avions trois ans de commandes d’avance et les clients affluaient. Avec mon père nous avions créé une société de fait. Quand il est parti à la retraite, il a bénéficié d’indemnités de départ, s’est résilié de la Chambre de Métiers et j’ai repris la suite tout naturellement.
Comment s’est déroulée cette deuxième transmission ?
R.M. :
Avec mon fils, la transmission a pris la forme d’une création d’entreprise en 2003. Suite à mon départ à la retraite en 2005, j’ai cédé la gérance à mon épouse. Le coût était assez conséquent, et l’aspect administratif a duré plus d’un an. Heureusement mon comptable s’est occupé de tout. Pour ma part j’en étais incapable : il y a des points auxquels on ne pense pas, d’autres qui arrivent en cours de route. En terme de coût, il faut d’abord le capital pour créer la société. Il a fallu louer le fond à la société jusqu’au 31 mars 2007, ce qui a créé des frais supplémentaires. Cyrille a gardé le statut d’artisan : il s’est inscrit à la Chambre de Métiers, de même que mon épouse. En optant pour le statut d’artisan, les charges sont inférieures à celles qui seraient, en tant que salarié de la société. Mais il paraîtrait qu'aujourd'hui, les transmissions sont simplifiées...
Quel est votre sentiment sur le fait d’avoir « cédé la place » ?
R.M. :
Pas grand chose. Il faut dire que je passe toujours beaucoup de temps au bureau ! J’aide aussi à l’atelier pour les travaux urgents, dans la mesure de mes possibilités ! Mais c’est un réel bonheur, et cela m’évite une coupure trop nette avec le métier. Je suis également rassuré, car si mon fils n’avait pas repris, l’entreprise ne se serait sans doute pas vendue. D’une part parce qu’elle n’a aucune valeur marchande, et d’autre part parce que les jeunes qui veulent monter leur atelier n’optent pas forcément pour une reprise. Il y a davantage d’aides à la création d’entreprise que pour la reprise. Nous sommes allés jusqu’à nous demander s’il n’était pas plus simple que je ferme l’entreprise et que Cyrille créé la sienne.
Quelle stratégie avez-vous adoptée en terme de communication lors de la reprise ?
R.M. :
Avec la création de la Sarl, le nom devient « Atelier d’Ebénisterie Morival Sarl ». Il était important de ne pas trop changer le nom de l'entreprise. Les mêmes clients reviennent depuis très longtemps. Le fait que le repreneur soit mon propre fils aide énormément car il a toujours été présent. En terme de communication, nous avons notamment exposé aux « Métiers d’Art » au Puy-en-Velay en 2004 et à la Grande Halle d’Auvergne en décembre 2005. Je suis A.E.F. et Cyrille prépare le dossier pour continuer le label.
Y a-t-il une continuité dans l’activité de l’ébénisterie ?
R.M. :
Il n’y a pas eu de rupture au niveau du travail d’atelier. Nous avons toujours essayé de suivre les nouveaux courants. Nous sommes spécialisés dans le mobilier, mais actuellement nous faisons aussi beaucoup de salles de bains et de cuisines, que nous pouvons malheureusement moins labelliser. Le mobilier, la copie de mobilier et la création de meubles restent nos spécialités.
Propos recueillis par Laëtitia Fritsch
|