ARTISANS EBÉNISTES DE FRANCE

« Une transmission qui sort du cadre familial »

Fiche d'identité :

SARL Lebreton, 72650 La Milesse, Pays de la Loire
Tél : 02 43 25 67 25

Ancien chef d’entreprise : Bernard LEBRETON
Repreneur : Patrice HAMELIN, gérant de l’entreprise

Votre mari étant loin de la retraite (52 ans), pourquoi avoir choisi de transmettre votre entreprise ?

Muguette LEBRETON : Il y a longtemps que mon mari parlait de transmettre l’entreprise. Nous avons trois enfants qui ne sont pas dans la profession, et à 50 ans il a entamé une réflexion pour vendre l'entreprise. Nous travaillions énormément. Nous n’avions ni commercial ni chef d’atelier, et j’étais toute seule au bureau. Entre les dix salariés et les trois apprentis, cela faisait treize personnes à gérer. Le métier est difficile. Quand Patrice Hamelin s’est proposé, nous avions déjà confiance en lui et savions qu’il était capable de reprendre. Nous avons eu d’autres propositions de la part de financiers, mais nous voulions quelqu’un dans notre métier, qui garde la même philosophie et la même façon de travailler. Patrice est salarié chez nous depuis sept ans, il a suivi une partie de notre développement et connaît la culture de l’entreprise. Titulaire du label A.E.F. depuis 1993, nous souhaitions que l’entreprise garde cette distinction de reconnaissance.



Comment s’est entamée la démarche ?

M.L. : La réflexion a été longue. La reprise d’une entreprise d’ébénisterie demande une implication très forte au niveau de la famille. Nous avons voulu que les repreneurs se donnent six mois pour réfléchir, car il faut avoir conscience du travail que cela représente. Nous avons également réuni leurs parents pour répondre à leurs questions. Au bout de 6 mois, ils ont dit être prêts. Aujourd’hui, Mme Hamelin, la femme du repreneur, commence doucement à travailler avec moi. Moi-même j’étais salariée avec mon époux depuis 1991, ma volonté ayant toujours été de militer pour que les femmes aient un statut. J’étais conjointe, salariée, associée. Depuis la transmission au 1er juillet dernier, je ne suis plus associée mais je suis restée salariée. Mon mari est redevenu salarié, et Patrice Hamelin qui était salarié est devenu gérant.



Vous vous êtes occupée de la partie transmission et avez eu une démarche très pédagogue. Comment avez-vous eu connaissance de toutes ces informations ?

M.L. : J’ai une formation de comptable et un diplôme de secrétaire de direction qui m’y a peut être aidé. Mais j’ai fait beaucoup de formations, dont le BCCEA (Brevet conjoint collaborateur d’entreprise artisanale) qui est très complet et que j’ai conseillé à Mme Hamelin. Il comporte de l’informatique, de la gestion, de la communication, de la bureautique, du droit du travail, du commercial.



Quelles démarches avez-vous alors effectuées ?

M.L. : Les démarches ont pris un an. Il faut prendre son mal en patience. Fort heureusement, nous avons beaucoup travaillé avec notre comptable, très compétent, et notre notaire, tous deux très réactifs. Car très souvent, nous les avons appelés pour avoir des documents très rapidement. Lors du premier contact avec notre banquier, nous lui avons présenté notre projet de transmission et s’il était prêt à nous suivre financièrement dans ce projet.

Pour nous, aucun doute, notre projet était viable, mais encore fallait-il qu'une banque nous suive financièrement. Notre banque a accepté le financement sous réserve que nous accompagnions Patrice et Elise, et que nous fassions une partie en crédit vendeur. Cela montrait aussi que nous les soutenions et que nous croyions dans ce projet de transmission. Patrick est un très bon professionnel atelier, mais il n’est ni un commercial ni un comptable. Nous nous sommes donc engagés à rester avec eux. Vis à vis de la banque, les repreneurs devaient être gérants majoritaires, et après beaucoup d’études, il s’est avéré qu’il était plus judicieux fiscalement pour eux d'acheter dès le début le fonds de commerce Lebreton et une partie des parts de la Sarl Lebreton. Pour les banques, c’était un pacte d’engagement plus fort.

Mais les financements bancaires ne suffisaient pas, il fallait s’entourer d’organismes comme OSEO ou Carrefour Entreprise pour avoir des prêts d’honneur et des cautionnements pour une partie de l’achat. Bien sûr, ils auraient pu se décourager ! Même moi j’ai parfois failli baisser les bras tant les démarches sont lourdes. Il a fallu présenter devant la commission Carrefour Entreprise un dossier de 180 pages en 25 exemplaires. Le dossier a dû être remanié plusieurs fois avant d'être présenté à la commission, avec bilan et prévisionnel, mises aux normes poussières, machines, extincteurs, électricité, amiante. Soit beaucoup de certificats qu’heureusement nous avions déjà faits.

Ces démarches découragent beaucoup et c’est une des raisons pour lesquelles les entreprises ne sont pas reprises.



Comment avez-vous vécu la transmission ?

M.L. : Il faut être prêt psychologiquement. A partir du moment où l’on a décidé de transmettre, il faut laisser les rênes aux jeunes. Et je reste à la gestion et à la comptabilité comme avant. Rien ne va changer pour moi, sauf mon patron !



Comment l’ont vécue les clients, fournisseurs et salariés ?

M.L. : Les salariés savaient que nous avions envie de transmettre. Bien sûr, quelques anciens ont eu un peu de mal à accepter la situation où un collègue devient le patron, mais cela s’est estompé. Ce qui les a rassuré est que nous étions toujours là tous les deux, que le travail continuait comme avant. Même le nom de l’entreprise n’a pas changé. La transmission s’est très bien passée et la réaction des clients a été très bonne. Ils voient mon époux pour l’aspect commercial et Patrice pour les mesures et la livraison. Il a le pied à l’étrier. Nous avons fait 2% de plus de chiffre d’affaire, il n’y a pas eu de cassure puisque nous avons arrêté le 30 juin dernier et que dès le 3 juillet il livrait. C'était une Sarl de famille et ça l’est restée. Nous avons fait les mêmes démarches que si Patrice était notre fils. Nous avons cru autant en lui et avons autant confiance en lui.

Propos recueillis par Laëtitia Fritsch


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